26 Novembre 2006
La route fut longue, mais qu’est ce qu’elle est belle !!!
Dès samedi, on était dans l’ambiance: passage à l’Espace Encan le temps de récupérer le dossard. Rencontre sur le stand Asics avec une personne de la marque rencontrée lors de la journée technique à Toulouse. Un petit tour à l’Aquarium de La Rochelle et retour au calme à l’hotel, histoire de ne pas se disperser. Car à La Rochelle, on sent bien déjà que l’excitation est là…
Levé à 6h30, petit déj Gatosport, dernière vérification du paquetage et direction La Rochelle, le premier souci est vite évacué, je trouve une place de parking très vite et je serai à l’heure pour la rencontre AE. Je retrouve Le Rochelais, Arnbou, Ph Roland, Willi, Kristof, Did, avec les accompagnants aussi. Puis, il faut se diriger vers le quai Maubec pour l’arrivée. En chemin, coup de fil du Luma, on l’attend, petite photo en tenue, avec le sourire, normal, c’est avant…
On prend position tout au fond du sas, on sait déjà que Arnbou partira avec nous, comme vieux briscard de la discipline. Première info: il fait super bon, short, débardeur, tartiné de NOK de la tête au pied, pas de cardio, juste le 305 au poignet, je suis fin prêt. J’ai juste la tendinite qui tire un peu mais Arnbou me dit qu’il y a une partie de la douleur qui est due à l’appréhension surement. De toutes façons, je vais pas renoncer maintenant….
Après le départ des handisports, place au notre, on trottine assez vite mais c’était un faux départ..On marche un peu et c’est parti, tranquillement, pas de bousculade, on démarre en douceur. Au premier kilo, on rigole du temps, on fait le point sur les petites douleurs, j’ai un peu mal mais il me semble que ca passe… On prend le rythme progressivement, on attend la jonction avec le reste de la troupe parti d’Encan. Arrivée au premier ravito, on est déçus, ce sera des gobelets et non de petites bouteilles d’eau…On évite la bousculade en allant tout de suite à la fin de la zone pour éviter la cohue. Passage au 5 en 30’16. Le genou me fait déjà assez mal mais il faut continuer.
Arnbou me conseille de moins parler (il faut bien évacuer l’excitation…) car au deuxième tour, j’aurais besoin du souffle. Ok, je mets en sourdine et essaie de courir à l’économie, éviter les trottoirs, ne pas trop slalomer, etc…On prend un rythme plus en accord avec l’objectif, entre 5’30 et 5’40 au kilo. Avant le départ, j’ai baissé l’objectif en annonçant à ma moitié un temps proche des 4h30, car je sentais pas le genou trop solide. Passage au 10 en 59’11. Ravito, on marche le temsp de boire un verre de glucose coupé avec un verre d’eau. On remet la sauce, ca grimpe un peu, mais Arnbou nous parle avec passion du MUC 72, de Laval, bref on a l’impression de lire L’Equipe…
Deuxième passage Quai Maubec, on est bien, il fait soleil, on croise les premiers qui sont au semi…Il y a du monde, on garde le rythme, Encan, l’Université de La Rochelle et hop on est au 15. Passage au 15 en 1h27’41". On voit nos dames, encouragements, dépot de tee shirt pour Arnbou, petits messages d’encouragements, ca rebooste et permet d’oublier ce satané genou…Ca fait mal et la bosse qui se trouve juste après n’aide pas, mais je serre les dents et je continue, Arnbou va super bien niveau genou et condition, Le luma nous dit "Nickel" alors ca repart. Port des Minimes, la photo, Arnbou prend les devants, nous dit de laisser de l’espace pour avoir une photo en solo, ils parlent bateaux, on rigole, c’est le pied, pause pipi, on recroise les filles au 20è, et la photo avec un supporter du Stade Français entre moi et l’objectif !!! Le Stade Français en plus !!!
Bref, passage au semi en 2h06’22".
Deuxième boucle, on emprunte le tracé pris par la troupe partie d’Encan, on passe devant un resto que nous recommande Le Luma, on fait le point, tout semble aller bien, meme si j’ai vraiment mal au genou, ca tire de plus en plus, mais ca va encore. On repasse sur le front de mer, on remonte beaucoup de coureurs, ca nous booste et on continue sur la lancée, le rythme est bon et au passage au 25è, la prévision nus donne à peine plus de 4h. Je veux y croire meme si je reste persuadé que le genou ne tiendra pas. Passage au 25è en 2h25’17". Ravito, toujours pareil, on rigole moins, quand on lui demande, Le Luma ne dit plus "Nickel" mais "Ca va" et après le ravito, le redémarrage est dur, les premières foulées sont douleureuses, à la limite du supportable. Mais on repart en se disant qu’au prochain ravito on verra des visages connus. Retour vers le centre ville, traversée du parc et à la sortie, un tunnel, puis un raidillon. En haut de la cote, l’impression qu’on m’enfonce un pic à glace dans le genou à chaque foulée. L’arret au ravito du 30 est plus long, ca fait passer la douleur. Ma moitié me dira plus tard que la douleur se voit sur mon visage. Passage au 30 en 2h54’35".
Le rédémarrage est dur mais Arnbou m’interdit de marcher pour garder le genou en état. On continue en ralentissant autour de 6′ au kilo, j’ai l’impression que ca va mieux et je m’accroche. On perd Le Luma qui après avoir fait l’accordéon, lache prise. On le reverra beaucoup plus tard, on a meme craint qu’il n’ait abandonné mais non !! On repasse Quai Maubec pour la troisième fois, je mets de l’eau sur mon genou mais ca n’y fait rien, j’ai de plus en plus mal mais je ne peux pas marcher devant tout ce monde, on arrive à l’Encan, on traverse le chantier nautique, l’Université de La Rochelle, je me dis qu’au 35è, il y a le ravito, je vais pouvoir marcher. Je me raccroche à toutes les ruses (ravito, cotes) pour penser à marcher en pensant que ca va aller mieux. Je ne pense plus au chrono, je pense à finir. Arnbou ne cesse pas de m’encourager, se retourne, cours à reculons, en pas chassés, pour me soutenir. Passage au 35 en 3h25’49".
La bosse qui suit le ravito me permet de marcher, j’essaie de faire passer la douleur en me disant qu’il ne reste que 7 kms. Je cours un peu, je marche beaucoup, Arnbou me pousse au c… pour que je ne m’arrete pas mais à des moments, j’ai l’impression que je vais tomber. Mais dès que ca va mieux, je repars, je suis obligé d’écouter Arnbou, il a l’expérience et avec son marathon sacrifié pour moi, je peux pas faire la mauviette. On revient sur le port des Minimes, la photo encore mais là, je m’en fous complet, j’ai envie de pleurer à chaque foulée. Arnbou me parle du coupe vent, de la fierté que je ressentirai à l’arrivée, j’évite ceux qui s’étirent. On aperçoit l’arrivée de l’autre coté, mais je sais qu’il y a encore plus de 2 kms à faire. Passage au 40 en 4h05’01". Arnbou me dit que je ne peux plus arreter, j’ai fait le plus dur, on repasse à l’Encan, encore, le ravito, je prends la bouteille, la donne à Arnbou qui devient porteur d’eau en plus de soutien psy, meneur d’allure ou ce qu’il en reste.
Et puis, au bout de l’Encan, l’Aquarium, l’arche du dernier kilo, à qui j’ai dit "A tout à l’heure" au premier passage, je ne peux plus marcher, il y a tellement de monde et du "Allez Arnaud", mais on est 2, alors c’est pour qui ? On reprend Bonobo, qui a une crampe toutes les 10 foulées mais ca fait plaisir de lui serrer la main !! J’aperçois Willi sur la droite. Je pense à ce que j’ai ressenti la veille en espérant y repasser le lendemain, je veux accélerer mais je trottine à peine alors sprinter, impossible, puis, je débouche sur la zone d’arrivée, je passe la ligne. Je m’étais promis d’avoir une pensée pour mon papa à ce moment là, bien sur que je l’ai. J’arrete le 305: 4h19’58". Le genou me brule, mais je m’en fous à ce moment précis. Je suis arrivé. Tout de suite la médaille autour du cou, et petit à petit les larmes qui montent. Rendre la puce, récupérer le coupe vent, la couverture de survie, s’arreter pour attendre Arnbou et Bonobo. Je m’enroule dans la couverture argentée, je m’adosse contre un camion, et je craque: la douleur insoutenable depuis le KM30, les semaines de prépa, le premier marathon, le challenge perso, ca fait trop. Arnbou me récupère, j’arrive meme pas à lui dire merci. Sans lui, je n’aurais pas connu ca surement, je ne serai pas allé au bout. Les huitres, et je sors de la zone réservée. Je retrouve Karine et de nouveau des larmes. Je suis heureux mais j’ai l’impression de m’etre épuisé à lutter contre la douleur. Puis ca va mieux, petit à petit. Et puis ca va aller mieux, les potes à retrouver tous avec le coupe vent, le soleil, le bonheur d’etre arrivé, le plaisir à discuter, à voir passer ceux qui arrivent. Je marche difficilement mais franchement à ce moment là, c’est pas grave. Je vais marcher pendant 2 kms pour revenir à la voiture mais c’est pas grave.
Merci à tous d’avoir partagé avec moi ce plaisir. Arnbou qui doit me maudire de lui avoir pourri son marathon, Le Luma qui comme moi est devenu marathonien, Didier, Christophe, Ludo, les filles qui nous ont soutenu, supporté et qui ont bien visité La Rochelle en marchant d’un ravito à l’autre, Eric, Bonobo….C’était un super dimanche !!!
Je tirerai les enseignements dans le prochain article, mais une chose est sure: il me tarde d’etre à Paris le 15 avril !!